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The Daily Shaarli
——————————— Tuesday 20, November 2018 ———————————
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Enfants - T@LC -
Mercredi. Rude joumée. Pas d’école. Les minuscules sont lâchés.
Ils font rien qu’à embêter les parents qui essaient de faire des chroniques dans le poste. Ils font rien qu’à leur poser des questions idiotes. Tout à l’heure, il y en a une avec du chocolat poisseux plein la figure qui est venue le partager avec mes cheveux sous prétexte de câlin... On ne devrait pas procréer ainsi à l’aveuglette. On devrait élever des poissons rouges.
En plus d’engluer, ça pose des questions idiotes :
- Papa, où c’est, le règne animal ?
Le père est à son ouvrage. Il entend d’une oreille incertaine.
- On ne dit pas "le règne à Nimal". On dit " le règne de Nimal ".
- La maîtresse, elle a dit "animal".
Je n’aime pas être contredit par des êtres inférieurs. Surtout quand j’ai tort. Mais puisque nous sommes mercredi et que vous êtes des milliers, chers adorables minus, à traîner à portée des transistors au lieu de vous rendre utiles en défenestrant le chat pour voir si ça rebondit, voici mon cours du soir sur le règne animal. On prend son cahier. On prend son crayon noir. Je ne veux pas de feutre, ça tache le chocolat. En titre : LE REGNE ANIMAL. Animal en un seul mot. Imbéciles.

Le règne animal :
L’animal est un être organisé, doué de mouvement et de sensibilité et capable d’ingérer des aliments solides par la bouche, ou à côté de la bouche si c’est du chocolat.
Le règne animal se divise en trois parties :
1) Les animaux.
2) L’homme.
3) Les enfants.

Les animaux sont comme des bêtes. D’où leur nom. Ne possédant pas d’intelligence supérieure, ils passent leur temps à faire des bulles ou à jouer dans l’herbe au lieu d’aller au bureau. Ils mangent n’importe quoi, très souvent par terre. Ils se reproduisent dans les clairières, parfois même place de l’Église, avec des zézettes et des foufounettes.
Les animaux ne savent pas qu’ils vont mourir. C’est pourquoi ils continuent de batifoler quand ils ont 38°6.

L’homme. Remarquons au passage que si l’on dit "les animaux" au pluriel, on dit "l’homme" au singulier. Parce que l’homme est unique. De même, nous dirons que les animaux font des crottes, alors que l’homme sème la merde. L’homme est un être doué d’intelligence. Sans son intelligence, il jouerait dans l’herbe ou ferait des bulles au lieu de penser au printemps dans les embouteillages.
Grâce à son intelligence, l’homme peut visser des boulons chez Renault jusqu’à soixante ans sans tirer sur sa laisse. Il arrive aussi, mais moins souvent, que l’homme utilise son intelligence pour donner à l’humanité la possibilité de se détruire en une seconde. On dit alors qu’il est supérieurement intelligent. C’est le cas de M. Einstein, qui est malheureusement mort trop tard, ou de M. Sakharov, qui s’est converti dans l’humanisme enfermé, trop tard également.
Les hommes ne mangent pas de la même façon selon qu’ils vivent dans le Nord ou dans le Sud du monde. Dans le Nord du monde, ils se groupent autour d’une table. Ils mangent des sucres lourds et des animaux gras en s’appelant " cher ami ", puis succombent étouffés dans leur graisse en disant "docteur, docteur".
Dans le Sud du monde, ils sucent des cailloux ou des pattes de vautours morts et meurent aussi, tout secs et désolés, et penchés comme les roses qu’on oublie d’arroser.
Pour se reproduire, les hommes se mettent des petites graines dans le derrière en disant : "Ah oui, Germaine."

Les enfants, contrairement à l’homme ou aux animaux, ne se reproduisent pas. Pour avoir un bébé, il est nécessaire de croire à cette histoire de petite graine. Malheureusement, les enfants n’y croient pas tellement. A force de voir jouer les animaux dans l’herbe aux heures de bureau, ils s’imaginent, dans leur petite tête pas encore éveillée à l’intelligence, qu’il faut des zézettes et des foufounettes pour faire des bébés.

En réalité, les enfants ne sont ni des hommes ni des animaux. On peut dire qu’ils se situent entre les hommes et les animaux. Observons un homme occupé à donner des coups de ceinture à une petite chienne cocker marrante comme une boule de duvet avec des yeux très émouvants. Si un enfant vient à passer, il se met aussitôt entre l’homme et l’animal. C’est bien ce que je disais.
Ce n’est pas une raison pour nous coller du chocolat sur la figure quand nous écrivons des choses légères pour oublier les Vautours.

Quant au mois de mars, je le dis sans aucune arrière-pensée politique, ça m’étonnerait qu’il passe l’hiver.
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